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Mise à jour :
25 juillet 2005

© pierre salducci - 2002



L'autofiction est écriture du fantasme au sens où elle permet
à un auteur de dire tous ses « Moi » en même temps,
elle fait
une place au « Je » fragmenté de l'écrivain.

                                         Céline Maglika, université de Dijon
                   D.E.A sur l'écriture autofictionnelle de Doubrosvky

 

«J'ai toujours aimé raconter la vie, celle des autres ou la mienne.  Je les mets à égalité et je les considère avec le même intérêt ; elles sont toutes écriture en puissance.

Christian Raux par Salducci.« Mes nouvelles ne font que raconter la vie des gens que j'ai connus et qui m'obsèdent. Je suis entouré de fantômes, de personnes qui ont disparu trop vite, trop jeunes, et de coucher leur histoire sur papier me délivre et me soulage. »

Christian Raux par Salducci vers 1985

«Quand je raconte Christian Raux, j'ai l'impression de le faire revivre, de lui rendre justice, de rendre justice à ce tout jeune adulte qu'il a été et qui a presque été précipité vers la mort. Tout comme je rends justice à celui que j'ai été en donnant vie à Pierre Fortin.»

Retrouvez le personnage de Christian Raux dans les textes : 


Table ronde sur l'autofiction :  
Pierre Salducci, Philippe Jean Poirier et Nadine Bismuth
Animée par Raymond Cloutier, Radio-Canada, 1re chaîne, vendredi 17 septembre 2004

Pour en savoir plus, consulter l'album photo  et écouter l'enregistrement de la table ronde. 

 

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Chronique du bareback ordinaire
Article paru dans Le Point (Montréal) - octobre 2003

 

En avril dernier, l’auteur Erik Rémès était venu à Montréal à l’occasion de la sortie de son roman Serial fucker. Certains se souviendront peut-être encore de cette pitoyable émission de télé animée par Christiane Charrette pendant laquelle l’auteur avait été pris à partie par presque tous les invités réunis sur le plateau, le comédien Yves Jacques en tête. Plusieurs avaient alors reproché à Erik Rémès de parler ouvertement du bareback alors que, soi-disant, ce genre de chose n’existe pas au Québec. Certains l’ont traité de criminel, d’autres de provocateur. Même le directeur de Séro-Zéro, qui avait été rejoint par la suite par le Journal de Montréal, avait prétendu qu’il s’agissait d’un phénomène marginal et s’était empressé de réduire à quasiment rien la portée du message de Rémès. 

Plusieurs mois ont maintenant passé. Mon ami Vincent est revenu de vacances, il est arrivé en ville, souriant, bronzé, magnifique, mais en même temps légèrement inquiet. « Est-ce que je peux te parler ? » me demanda-t-il. Je lui offris mon écoute et il me raconta qu’il avait traversé une drôle de période, me confiant qu’il s’était senti mal pendant plusieurs jours, la tête lourde, fiévreux, qu’il avait eu des douleurs à l’estomac, jusqu’à la nausée. Il voulait savoir si de tels symptômes pouvaient être le signe d’une récente infection au vih. Je le regardais, étonné. « Mais pourquoi cette question », lui répondis-je ? Il ne se fit pas prier pour me raconter la suite.

Vincent vit en couple. Il a un chum. Ils sont ensemble depuis longtemps et il leur arrive parfois de recevoir un invité dans leur lit ou d’aller ensemble au sauna, mais ils le font ensemble et sans rien se cacher. Dans ces moments-là, la prudence est de mise, bien sûr, mais en dehors de ça, ils ont une relation exclusive et n’utilise pas le condom. Comme tout un chacun, ils respectent le safe sex. Du moins officiellement. Mais dans les faits, ce n’est pas toujours aussi simple.

L’été dernier, Vincent s’est retrouvé seul pendant plusieurs semaines. Il en a profité. Il est beaucoup sorti. Il a beaucoup fêté. Il est parti se reposer à la campagne. Il a rencontré beaucoup de gars et il s’est donné à eux. Bilan : quatre pénétrations anales en l’espace de quelques jours, les quatre non protégées, les quatre jusqu’à l’éjaculation. Et voilà pourquoi mon ami Vincent s’inquiétait tout à coup. Mais que lui dire qu’il ne sache déjà ? Vincent n’est pas un innocent, c’est un garçon informé qui connaît la problématique et les risques du sida. Il n’était ni drogué ni soûl au moment d’agir, et il n’y a aucune explication à aller chercher de ce côté-là. 

Vincent est jeune, moins de trente ans, il appartient à la génération qui n’a jamais vu le sida de près et encore moins connu la mort. Néanmoins, il n’a aucune envie de se retrouver séropositif. Ses angoisses nous le montrent bien. Et il n’est pas fou, non plus. À chaque pénétration, il a pensé aux risques qu’il prenait, mais le désir a été le plus fort et il a fini par s’arranger avec sa conscience pour se donner l’autorisation du plaisir. À chaque pénétration, sa raison lui a envoyé le message que c’était correct et qu’il pouvait se permettre cette relation non-protégée. Ce n’est que plusieurs jours plus tard, quand il a commencé à se sentir fatigué, que ses angoisses se sont manifestées. S’il n’avait pas connu cette fatigue, il n’aurait peut-être jamais réfléchi à ce qu’il venait de vivre et il continuerait encore sur la même lancée. Vincent n’a jamais eu aucun remords d’avoir fait ce qu’il a fait, ni après la 1ère fois, ni après la 2e, la 3e ou la 4e ! le fait qu’il ait recommencé en est la preuve. Seule la peur de la maladie, et l’impression d’en voir déjà les premiers symptômes, ont réussi à le sortir de sa léthargie pour le faire réfléchir.

L’histoire de Vincent, c’est celle de bien des gars et de biens de filles autours de nous, gai ou hétéro, ça ne change rien, c’est la même histoire, celle qui nous fait toujours penser que « ce gars-là est correct », « cette fille-là est correcte », celle qui autorise à prendre tous les risques, malgré la réalité, malgré les mises en garde, malgré la peur, sans qu’on sache trop bien pourquoi, simplement parce qu’on pense que le sida, c’est toujours pour les autres, c’est un truc dont on parle à la télé mais qui n’arrive pas.

Cette histoire, c’est l’histoire du bareback ordinaire à Montréal et au Québec, si ce n’est que personne ne veut appeler ça par son nom. Bien sûr, personne encore n’en a fait ici une philosophie, un mode de vie affirmé ou une provocation comme le fait Rémès, mais à part ça, aucune différence. Alors, cessons de nous fermer les yeux. Assez d’hypocrisie ! Le bareback existe. Il est là. Chez nous. Partout autour de nous. Il prend mille formes, s’adresse à mille personnes différentes et de mille façons différentes. Bien des gens se trouvent encore  une bonne raison de ne pas mettre de condom avec un nouveau partenaire. Aujourd’hui, Vincent attend de faire son test de dépistage. Il est persuadé que tout va bien aller et que ses partenaires étaient « clean ». On le lui souhaite.

 

 

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